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LES FILLES DES RUES Vous trouverez dans cet article plusieurs extraits des bulletins et des témoignages des membres du REPER quant à cette importante questions des filles des rues.
Fondation
Scelles
Paris, France "La Fondation Scelles lutte contre l'exploitation humaine
sous toutes ses formes (prostitution, pornographie, trafic d'organes, tourisme
sexuel, ...) et contre les injustices sociales. Son action suit trois orientations
: ACPE
Paris, France "L'ACPE (Association Contre la Prostitution Enfantine) mène de nombreuses actions auprès des pouvoirs publics et se porte souvent partie civile devant les tribunaux. Elle souhaite que les associations de terrain lui fasse connaître les "trafics" organisés localement afin d'intervenir auprès des autorités, ce qui n'est pas toujours possible aux personnes vivant sur place. Dans le cadre d'une étude sur les causes de la prostitution qu'elle réalise, l'ACPE adressera un questionnaire aux associations du REPER." "L'ACPE souhaite faire écho à ce qui se passe sur le terrain afin de sensibiliser et d’informer sur la prostitution enfantine. L’association s’est portée récemment partie civile dans un procès où sept français ont été jugés pour tourisme sexuel concernant des enfants roumains. Ce procès était le premier à appliquer la loi permettant de poursuivre des Français ayant abusé d’enfants à l’étranger." Foyer
"L'étoile de l'espoir"
Christian Democratic Union Moscou, Russie "(...) La prostitution est largement répandue à Moscou. Nous arrivons parfois à aider certaines jeunes filles à rompre avec ce milieu et à recevoir une formation professionnelle. Il est très difficile d'établir des contacts avec des prostituées et très compliqué de communiquer avec elles car elles sont sous contrôle : si on vous voit en train de leur parler, quelqu'un s'interpose tout de suite. Si vous leur parlez de la possibilité de les aider à sortir de ce milieu, la police elle-même risque d'intervenir et de vous faire des ennuis. La vie dans la rue, avec ses aventures parfois dramatiques, éveille chez les jeunes filles un grand amour de la liberté et une méfiance à l'égard de toute structure susceptible de s'occuper de leur insertion sociale. (...) J'ai compris pourquoi ces jeunes filles sont sauvagement battues et violées par leur "protecteur" : c'est pour les terroriser et les soumettre complètement. Leur volonté est étouffée, leur dignité perdue, elles n'ont même plus l'idée de se révolter." Brother
James, fondateur de l'association Nanban
Maduraï, Inde "(...) Il y a actuellement 45 filles au centre, mais ce chiffre évolue au fil des mois. Toutes sont victimes de négligence, de l'indifférence sociale et d'ostracisme. Il y a les petites filles qui ont quitté leur maison à la mort de leurs parents, celles dont la mère s'est remariée et qui quittent la maison à cause du harcèlement sexuel de leur père adoptif, celles dont le père s'est remarié et que leur belle-mère soumettent à la torture, celles qui partent de chez elles en raison des mauvais traitements subis, celles qui ne savent pas qui sont leurs parents, celles qui sont vendues ou chassées par leurs parents à cause de croyances superstitieuses ou parce que leurs parents haïssent les filles, celles qui sont des filles illégitimes, celles qui veulent être indépendantes et sans contrainte, celles qui quittent la maison parce que leurs parents se droguent, celles qui subissent les harcèlements, exploitations sexuels et l'inceste par leur propre père, grand-père, frère, oncle, cousin, ... Ces filles refusent de révéler et refusent même de convenir qu'elles ont été victimes de violences sexuelles à cause des valeurs culturelles de la société qui considère que la chasteté est absolument sacrée. C'est pourquoi elles ne veulent pas raconter ce qui leur est arrivé. Ce n'est qu'après plusieurs rencontres personnelles et beaucoup de persuasion que ces filles commencent à dévoiler peu à peu la vérité. Quand elles ont été enfin convaincues de venir au centre, les éléments anti-sociaux qui les exploitent expriment ouvertement leur opposition, tant aux filles qu'aux éducateurs. Une fois à l'abri dans le centre, les anciens clients, prenant le centre pour une "maison de mauvaise réputation", y font des visites répétées. Comme la plupart d'entre elles sont dépendantes de ces éléments anti-sociaux, elles ne veulent suivre aucune forme d'apprentissage ; de plus, comme le centre n'est pas équipé pour fournir une formation professionnelle de base, elles demeurent sous l'influence de ces personnes. Elles sont tellement ignorantes qu'une fillette de 14 ans, enceinte de 8 mois, était inconsciente de son état. Il est très difficile au début d'éduquer ces filles au centre, elles n'aiment pas être sous contrôle, et santé et hygiène leur sont étrangères. Elles n'ont aucune habitude d'économiser et dépensent ce qu'elles gagnent le jour même. Elles refusent de s'asseoir et de nous parler, ne serait-ce que cinq minutes. Il est difficile pour les éducateurs de comprendre quelle est exactement leur situation. Elles connaissent l'approche de chaque éducateur et agissent différemment envers chacun d'entre eux, ce qui ne facilite pas l'aide que l'on pourrait leur apporter. Les filles qui viennent de quitter leur famille pour la première fois rencontrent des filles qui ont vécu dans les rues pendant une longue période, les "anciennes" tentent alors d'entraîner les nouvelles dans leur vie de rebelle par de fausses promesses et des mots colorés. C'est pourquoi nous donnons la priorité au retour dans la famille, et ce dans les meilleurs délais, des jeunes filles qui se sont récemment enfuies. Nous recherchons les familles et préparons leur retour. Lorsque nous avons discerné le caractère et les aptitudes de celles qui viennent régulièrement au centre, nous cherchons à les motiver pour leur faire acquérir des capacités conformes à leurs goûts. Des formations leur sont alors proposées. Mais si les apprenties montrent d'abord un grand intérêt pour l'apprentissage, certaines abandonnent et retournent à leur vocation première. Elles ne viennent plus au centre que pour y trouver un abri de nuit. Malgré nos avis et nos conseils, certaines refusent de quitter leurs anciennes habitudes. Cela a pour résultat qu'elles tombent sous la coupe d'un gredin qui les quitte après les avoir maltraitées et mises enceintes. La mère et l'enfant sont alors contraints de trouver leur gagne pain dans la rue. La jeune mère devient non seulement responsable de son destin mais aussi de celui de son enfant. Ces filles ruminent leur effroyable situation, aussi pour mettre un peu de gaieté et d'insouciance dans leur vie, elles commencent à mâcher du bétel, à fumer, à sniffer et à se droguer. Elles en arrivent à croire que ces pratiques sont leur raison de vivre." Fin janvier 1999, Nanban a contacté 3 210 filles parmi lesquelles 1 673 sont retournées dans leur famille, 137 ont été rattachées à d'autres institutions, 727 ont appris un métier, 30 suivent des cours dans des écoles et 1 a fait des études universitaires. Caméléon
Ilo-Ilo, Philippines Cette association poursuit son travail auprès de filles de 5 à
16 ans. Victimes de traumatismes très violents, bien souvent sexuels,
ces enfants ont besoin d’une assistance prolongée et délicate.
On ne peut bien s’en occuper que si elles sont en petits groupes et
il est indispensable de les suivre à très long terme, y compris
après qu’elles aient réintégré leur famille
ou trouvé une famille d’adoption. "Caméléon entame sa cinquième année d'existence en accueillant 30 filles des rues abusées sexuellement. Nourries, logées, soignées physiquement et psychologiquement, soutenues judiciairement contre leurs agresseurs, elle sont formées scolairement et professionnellement. Une assistance est proposée aux familles, dont la pauvreté est souvent à la base des problèmes, par la création d'activités lucratives (ex. : fabrication et vente de confitures, sirops et bonbons à base de produits locaux)."
Virlanie
Manille, Philippines "Nous estimons que 2 000 à 3 000 enfants vivent dans les rues de Manille. 20% d'entre eux sont des filles, sans compter les nombreuses mineures qui travaillent dans les bars ou les salons de massage. Actuellement 130 filles vivent à la Fondation ainsi qu'une dizaine de jeunes mamans avec leur enfant. (...) À Manille, la plupart des filles se prostituent, certaines de façon permanente, d'autres de temps à autre, en fonction des besoins. Nous avons ouvert en 1992 une maison d'accueil réservée aux jeunes filles prostituées car il nous semblait qu'elles avaient des problèmes différents de ceux des autres enfants des rues (argent, relation avec les adultes, ...). En fait, par la suite, nous avons accueilli sans difficulté des jeunes prostituées dans des maisons mixtes. Nous accueillons beaucoup d'enfants victimes d'abus sexuel, surtout les petites filles. L'inceste est l'un des facteurs qui mènent à la prostitution. Beaucoup de jeunes prostituées ont été violées lorsqu'elles étaient petites. Un certain nombre de filles s'enfuient de la Fondation pour retourner dans la rue. Une fille peut facilement gagner un peu d'argent en se prostituant. Nous essayons de les scolariser, de leur donner une formation professionnelle pour qu'elles abandonnent la prostitution. Nous essayons d'être disponibles, accueillants, nous les soignons quand elles sont malades. Je pense à Maribel, une jeune prostituée de 14 ans que nous connaissons depuis plusieurs années. Elle est arrivée une nuit chez nous, très malade. Elle a été hospitalisée aux urgences pendant plusieurs jours et, à sa sortie d'hôpital, elle est retournée dans la rue. (...) Les éducateurs de rues, avec des volontaires de la Fondation, organisent des activités dans les rues pour les enfants. L'équipe médicale travaille dans les rues, avec les éducateurs, et à la prison. Nous essayons, à l'accueil de jour, de leur proposer un maximum de possibilités pour sortir de la rue. Une assistance médicale et psychologique a été mise en place à la Fondation. Beaucoup de jeunes filles nous arrivent avec des problèmes graves et nous devons les aider à les résoudre ou à les assumer. Des cours de santé, de contraception, d'hygiène sont donnés régulièrement par l'équipe médicale dans les différentes maisons d'accueil. Ces cours sont mixtes. Nous accueillons aussi des jeunes filles enceintes ou des jeunes mères avec leur bébé né dans la rue. Maintenant, dans la maison "Mère-Enfant", nous avons installé toutes les commodités pour aider au maximum ces jeunes filles enceintes ou accompagnées de leur bébé : consultations médicales périodiques, consultations psychologiques, groupes de discussion, formation au sein de la Fondation (coiffure) ou à l'extérieur. Des sorties, des loisirs, des chants, de la danse font partie des activités des jeunes mamans. Nous leur apprenons à aimer leur enfant, le soigner, l'éduquer, à vivre avec lui, ... Mais c'est bien difficile ! Certaines retournent à la rue en abandonnant leur enfant. Nous avons un programme spécial de thérapie familiale pour ces jeunes mamans. Nous essayons de faciliter leur retour avec leur bébé dans leur famille en province à chaque fois que cela est possible." "Vu le nombre de jeunes mères dans les rues de Manille, une maison a été créée pour les héberger. Après un mois de fonctionnement, 9 mères sont accueillies, 15 enfants dont 6 ont moins d'un mois. Une équipe complète (1 assistante sociale, 1 infirmière et 3 "parents") prend en charge ce nouveau programme. Un salon de coiffure a été mis en place grâce à un don de la Fondation Scelles et au matériel envoyé par des amis belges. Il va permettre à des jeunes filles sorties de la prostitution d'avoir une formation pour un avenir meilleur et un revenu stable." Krousar
Thmey
Phnom Penh, Cambodge "Les filles des rues sont beaucoup moins nombreuses que les garçons. Comme dans beaucoup de pays, les jeunes cambodgiennes restent à la maison où elles accomplissent des tâches ménagères. Elles sont donc moins souvent abandonnées et très peu d'entre elles s'enfuient de leur famille. Celles que nous rencontrons dans la rue sont pour la plupart nées dans la rue. Elles n'y restent que quelques années, car elles sont vite embauchées ou séquestrées dans des bordels ou achetées pour servir de domestique. Du bordel, où le patron est souvent une femme, elles n'ont aucune chance de s'enfuir. Beaucoup sont persuadées, par ignorance ou fatalisme, qu'elles ont une dette à rembourser, c'est pourquoi elles restent, obéissant à la patronne et se soumettant aux clients cambodgiens ou asiatiques d'origine chinoise, chaque jour plus nombreux à cause du tourisme sexuel. Quelques clients occidentaux commencent d'arriver mais ils ne représentent encore qu'une part minime de la clientèle. Il est très important que ce soit une femme qui s'approche de ces jeunes filles pour prendre contact avec elles, découvrir leurs problèmes, essayer de se familiariser avec elles, leur parler des problèmes d'hygiène, les sensibiliser aux risques qu'elles courent à vivre dans la rue. Nos éducateurs masculins sont plutôt là pour assurer une certaine sécurité ou essayer de régler des problèmes avec la police ou les bordels dans lesquels nous apprenons qu'une jeune fille que nous connaissons travaille. Ce n'est jamais simple. Si nous arrivons à sortir une jeune fille d'un bordel (ce qui est rare) sans l'accord du propriétaire, il est de première importance qu'il soit impossible de retrouver sa trace, sous peine de mettre en péril la sécurité du centre d'accueil. L'expérience montre que les policiers préfèrent collaborer avec les malfrats qu'avec ceux qui désirent protéger les enfants dont les souffrances, selon eux, sont la conséquence d'un mauvais "karma" dû à de mauvaises actions perpétrées lors de vies précédentes. Il est évident que certains membres de la police sont des souteneurs. Mais en dépit de cette réalité, il importe de ne pas généraliser et de condamner en bloc cette profession parmi laquelle nous trouvons parfois des collaborations remarquables et très honnêtes bien que sans pouvoir véritable. (...) Si les jeunes filles sont effectivement dans la rue, nous essayons de les amener dans un centre d'accueil temporaire, dans l'espoir de parvenir à leur faire réintégrer leur famille ou de leur trouver une situation stable (souvent dans un centre protégé). Une fille qui a été prostituée dans un bordel pose toujours des problèmes importants et il n'est pas du tout conseillé de la mettre en présence de jeunes gens. L'image qu'elles ont d'elles-mêmes est celle d'une femme/objet qui pour exister doit séduire les adultes, les éducateurs, mettant la pagaille dans le foyer. Quelle embrouille ! Si l'on ne peut pas la confier immédiatement à une organisation qui s'occupe de jeunes filles ayant les mêmes problèmes, il est très important qu'elle soit occupée de manière permanente, en changeant ses occupations chaque jour, comme de participer à des petits travaux culinaires, ou s'occuper de petits enfants (ce qu'elles font très bien) tout en sachant que ces activités sont de courte durée. Il faut rapidement trouver quelque chose de plus important pour que peu à peu elles parviennent à accomplir des activités qui leur permettent de développer une image d'elles-mêmes plus positive. Il faut leur apprendre que chaque être humain doit pouvoir décider par lui-même de ce qu'il veut faire, qu'il lui faut mûrir et devenir responsable de ses actes. Bref, aller contre le sentiment de fatalité. Surtout, il faut empêcher les autres de les étiqueter comme étant des "prostituées"et de les ridiculiser en tant que telle. Par bonheur, nous avons dans notre centre d'accueil pour enfants, différents groupes de danseurs et de musiciens khmers très compétents qui nous ont beaucoup aidés à stabiliser d'anciennes prostituées ou des enfants venant de la rue. Elles prennent très vite conscience de leur corps et dès leurs premiers mouvements gracieux, les regards admiratifs que suscitent leurs efforts leur renvoient une image d'elles-mêmes très positive. Cela est très important, mais souvent, trop blessées par la prostitution, elles ne peuvent pas faire l'effort d'essayer. En effet, si leur vie de prostituée a été trop dure, trop longue, il leur est encore plus difficile de quitter un genre de vie où elles gagnent des sommes d'argent très importantes, même si ces gains sont fictifs, puisque le patron du bordel garde tout l'argent. Il est extrêmement difficile de les stabiliser et de leur proposer un travail leur permettant de payer leurs besoins quotidiens. Au Cambodge, comme dans la plupart des pays pauvres, les tâches modestes demandent beaucoup d'efforts pour peu de gains. Si les jeunes filles ne collaborent pas, les chances de réinsertion sont réduites. Quant aux jeunes filles enceintes, nous n'avons jamais entendu parler d'accouchement ayant eu lieu dans la rue. Malgré les problèmes de protection de l'enfance et de l'abandon des bébés (qui font partie des contes traditionnels), il y a un respect du nouveau-né et les hôpitaux accueillent les parturientes. L'avortement est souvent choisi par les filles solitaires, bien que la société rejette les actes de ce type. Plus en amont, en action préventive, un travail de sensibilisation est réalisé par des ONG et des groupes de femmes dans de nombreux villages de province. A travers les programmes d'alphabétisation et l'apprentissage de la lecture, les trafics de femmes ou d'enfants, la prostitution, la lutte contre le sida, les risques courus à vivre dans les rues des grandes villes sont évoqués." Vida
ASOMANING, directeur de Street Girls Aid
Accra, Ghana "(...) De tous les enfants des rues, le sort des filles est le pire. Une fille des rues enceinte court des dangers encore plus grands. C'est pour elles que nous travaillons quotidiennement dans les rues, pour leur montrer avant tout que nous les aimons et qu'elles peuvent nous faire confiance. Notre tâche principale est donc d'être dans la rue. En deux ans et demi nous avons dénombré plus de 150 "enfants-mères". Pour les secourir et les accueillir, nous avons un refuge à l'est de Mamori, derrière l'école publique d'Accra, près des infâmes toilettes publiques. Nos travailleurs sociaux leur expliquent les soins pré-nataux à observer et lorsqu'elles approchent de la date de leur accouchement, elles viennent vivre au refuge. Elles accouchent dans des maternités voisines et restent au refuge 2 à 3 mois, jusqu'à ce que le bébé soit sevré et que des moyens d'existence pour la jeune maman et son bébé aient été trouvés pour les années à venir. Une telle entreprise est très difficile et demande beaucoup de dévouement de la part de nos travailleurs sociaux. Actuellement, 19 filles sont hébergées dans notre refuge, 11 ont accouché récemment, aussi notre famille compte en ce moment 30 membres. La plus jeune mère a 13 ans. Les "enfants-mères" sont très nombreuses, elles travaillent en ville et ont de très jeunes enfants. Elles ont la possibilité d'amener leurs enfants au refuge lorsqu'ils ont besoin de soins médicaux. Les filles violentées ou courant de très grands risques dans la rue (ou simplement lasses d'être harcelées par des hommes) peuvent aussi venir s'abriter dans le refuge où nous leur donnons un solide cours de contraception. Quant au sida, nous attaquons le problème globalement : nous commençons par former nos travailleurs sociaux afin qu'ils puissent à leur tour éduquer toutes les filles de la rue, et pas seulement celles qui viennent au refuge. Nous encourageons et aidons les filles des rues à poursuivre leurs études générales ou techniques ou à se placer en apprentissage. Nous leur donnons des conseils et des avis lorsque besoin est, et nous aidons les jeunes filles qui le souhaitent à se réconcilier avec leur famille. Nous les aidons, avec l'assistance d'employeurs, à améliorer leur qualification et à trouver un travail approprié. Nous facilitons le démarrage ou le développement d'une petite activité et les mettons en relation avec un conseiller commercial lorsque cela est nécessaire. Nous considérons nos refuges comme étant des prolongements de la rue. Ce qui signifie que notre véritable tâche est d'être chaque jour dans la rue avec les filles. Si nous n'avons pas de contacts quotidiens avec elles, il n'y a pas de programme d'action possible. C'est en sillonnant les mêmes quartiers de la ville que nous commençons à nouer des liens solides avec toutes les filles des rues." ORPER
Kinshasa, République Démocratique du Congo "ORPER (Oeuvre de Reclassement et de Protection des
Enfants des Rues) a ouvert en 1993 un bureau d'écoute qui a conduit
à l'ouverture d'une maison pour les filles dont les structures et les
conditions d'admission sont les mêmes que pour les garçons. Une
religieuse zaïroise, licenciée en psychologie, dirige la maison,
assistée de 3 éducatrices. Centre
Nyampinga
Butaré, Rwanda Le centre Nyampinga lutte contre la prostitution. Il a en charge 104 jeunes filles et a pu en aider 44 à réintegrer leur famille. Les
Trois Quarts du Monde,
association de soutien de Solo para Mujeres - Guatemala
Les moyens de survie dans la rue sont le vol pour les garçons et la prostitution pour les filles. Les enfants des rues se droguent pour oublier la faim, le froid, la peur de la police et des milices privées qui les pourchassent. Les filles se droguent systématiquement avant de rencontrer leurs clients qu'elles ne supporteraient pas autrement. La drogue la plus répandue et le meilleur marché est le solvant industriel qui détruit les cellules cérébrales, les voies respiratoires et les poumons. Les filles vivent par petits groupes d'amies qui se soutiennent plus ou moins. En général, elles dorment sur les trottoirs, surtout pendant la saison sèche, ou dans des turnes d'hôtels sordides où la drogue circule librement malgré la loi. Elles ne repartent que le soir, à la recherche de clients qui paieront de quoi survivre jusqu'au lendemain.
Les éducatrices et le médecin parcourent régulièrement les jardins publics fréquentés par les filles. Ils les repèrent à distance, s'en approchent afin d'établir ou renouer le contact. La notoriété de Solo para mujeres est telle que des filles inconnues s'approchent de l'éducatrice sans qu'il y ait besoin d'explication. Le soutien dans la rue consiste principalement à discuter avec elles pour détecter leurs problèmes et suivre leur état de santé. Le médecin leur donne les premiers soins ou les emmène à l'hôpital en cas de blessure grave ou d'overdose survenue pendant la nuit. Cette approche a pour objectif d'inciter les filles à venir au foyer avec leur bébé. L'idée directrice de Solo para mujeres est de sortir de la rue, et non de leur faciliter la vie dans la rue.
Les règles du foyer sont très simples : n'y apporter ni arme, ni drogue, ni objet volé. Cette maison est leur maison et elles doivent la respecter. Les anciennes prennent en charge les nouvelles arrivées, la disponibilité et l'écoute des éducatrices sont la clé de voute du foyer : le calme règne, il n'y a pas de dégradation des lieux, la violence est maîtrisée. Le foyer de jour est un lieu où chaque fille commence à se revaloriser en récupérant l'estime d'elle-même. Il offre de nouveaux repères aux filles afin de les inciter à changer de modèle de vie. Les éducatrices les aident à répondre à leurs besoins quotidiens et fondamentaux : nourriture, santé, propreté, mais aussi tendresse consentante, soutien psychologique et accompagnement juridique. Elles répartissent chaque jour les tâches ménagères. Les filles préparent elles-mêmes leurs repas et se chargent de l'entretien du foyer. Cela représente une rupture avec leur vie dans la rue et elles réapprennent ainsi en douceur les pratiques domestiques inculquées dans leur enfance à coups de bâton. Les activités des filles dans le foyer se partagent entre dormir, se laver, laver leur linge (ce qui est très important pour garder leur dignité), prendre leurs repas ensemble, se faire soigner (la majorité des filles est atteinte de maladie sexuellement transmissible : sida, herpès, syphilis), s'occuper de leur bébé, discuter entre elles de la décision de quitter la rue, la prostitution, la drogue (leur maternité précoce peut les inciter à changer de vie), à participer à des activités récréatives, sportives ou artistiques.
Les éducatrices essaient de sensibiliser les filles aux besoins de leur enfant. L'objectif est d'éviter qu'elles reproduisent sur leur bébé ce qu'elles ont elles-mêmes vécu. Elles reçoivent une éducation continue, notamment au sujet de la grossesse, de l'allaitement maternel qui est l'unique moyen d'alimentation du bébé vue leur situation matérielle. L'accent est mis sur le développement global psychologique de leur enfant. Lorsque cela est possible, les copains avec lesquels elles vivent sont associés aux activités éducatives qui comprennent des vidéos, des discussions, des thérapies de groupe. Cette initiation est donnée par des professionnels de la santé et, en permanence, par les éducatrices lors des soins à donner aux bébés. Solo para mujeres cherche à ce que les mères assument leur responsabilité et n'aillent pas confier leur enfant à l'Etat ou à le faire adopter." Honduras-Fraternité
Honduras "Honduras-Fraternité continue son travail dans un foyer de réinsertion où sont accueillies des filles des rues avec leur enfant s'il y a lieu. Désormais, le soutien apporté aux foyers s'effectue sous la forme d'envoi de volontaires rémunérés par Honduras-Fraternité. Ces derniers doivent séjourner au moins un an sur place pour y être efficaces." Aile
Amérique Latine "Aile a fait remarquer qu'en dépit de la loi sur la protection des mineurs et de la Directive européenne sur l'esclavage moderne, les prostituées sont de plus en plus jeunes à Paris. Une étude récente estimerait à un millier le nombre d'enfants de 13 à 18 ans errants sans famille dans Paris (européens de l'Est en général). Aile poursuit son soutien à différentes associations en Amérique Latine ou en Asie, notamment en Inde du Sud près de Salem où 50 orphelins sont pris en charge dans un foyer et une ferme." |
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