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L'AGRICULTURE EN TANT QU'OUTIL PÉDAGOGIQUE

Beaucoup d’associations qui s’occupent d’enfants des rues, utilisent les travaux agricoles comme un outil pédagogique. D’après elles, par ce moyen, non seulement on parvient à sortir les enfants de la rue mais aussi à leur redonner le sens de rythmes naturels à travers celui des saisons, le sens des responsabilités par la croissance ou la ruine d’un semis que l’on a ou non oublié d’arroser, le développement ou le dépérissement d’un animal familier dont l’enfant a la charge. C’est aussi le moyen d’apprendre un métier lorsque l’on est analphabète, de gagner sa vie, de rentrer au village, de lutter contre l’exode rural.
Voici, à travers l’analyse des courriers reçus, un premier inventaire des réalisations et des problèmes rencontrés.

On peut dire brièvement qu’il y a deux types différents d’utilisation de l’agriculture auprès des enfants :
- Certains considèrent les potagers et/ou les basses-cours comme une activité parmi d'autres permettant de stabiliser des enfants sortis de la rue.
- D’autres mettent en place des projets ambitieux et à long terme comprenant un cursus scolaire sur l'agro-alimentaire et un centre de formation d'agriculteurs. Une ferme, parfois conséquente, est alors le lieu d’apprentissage d’un métier.

* Jardins et basse-cours : activités annexes des foyers
* Les fermes
* Un premier bilan
* Pourquoi une ferme pour les enfants des rues ?
* Les expériences agricoles


Jardins et basse-cours :
activités annexes des foyers

Bulletin n° 13 - septembre 2001

La présence de potagers et de volailles, même de tailles modestes, rencontre un grand succés auprès des enfants. Le travail qu’ils y font et ses résultats sont pour eux très importants : ils arrosent et voient comme tout pousse !

La responsabilisation des enfants est fondamentale :
- A Passi (association Caméleon - Philippines) : les filles font du jardinage (fleurs et légumes) et sont responsables d'une petite parcelle et/ou d’un animal de la basse-cour.
- A Jogelonys (Les Enfants de Saint Jean - Lituanie), après la création d'un potager (arbres fruitiers et légumes), et après une discussion avec les enfants, il a été décidé de créer un poulailler.
- A Bukavu (Adejeda - Congo) un "crédit animal rotatif" a été mis en place : quatre poules et un coq sont "avancés" à l’enfant qui démarre cette activité et qui devra les rembourser pour être attribués à d'autres enfants.

L’apprentissage par les enfants du processus complet du jardinage ou de l’élevage de poulets et de lapins se fait donc sur le tas. Étant donné, en général, le peu de moyens matériels, ce sont les enfants et les animateurs des associations qui construisent les structures nécessaires (enclos, poulailler, ...).
Les produits sont destinés à être consommés sur place ou à être vendus. L'argent de la vente peut être attribué aux jeunes (en partie) ou être réinvesti dans d'autres cultures.
Il faut savoir que ces activités agricoles concernent uniquement les fruits et légumes ainsi que la petite basse-cour car il faut des structures beaucoup plus vastes et solides pour envisager l'élevage de petit bétail ou la culture de champs agricoles.


Les fermes

Bulletin n° 13 - septembre 2001

Toutes les fermes qui nous ont été décrites ont pour objectif commun de vouloir réinsérer l'enfant dans la vie agricole de son pays en lui offrant la possibilité d'acquérir un savoir-faire pour trouver un emploi. Le retour au village, un travail en mains, est le but ultime. ("En Afrique, on peut avoir oublié sa famille, mais jamais sa terre" déclare Innocent G. Gbetegan.)
Toutes ces initiatives prennent en compte les réalités agricoles de la région et les mentalités du pays.

Nous pouvons citer parmi les projets des fermes écoles pour les enfants et adolescents défavorisés :
- L’exploitation agricole de Mulemba (Angola) permet d’améliorer la nourriture des enfants du foyer, de participer financièrement aux frais de l’exploitation et propose une formation à des adolescents dans la perspective d'un emploi.
- La ferme-école de Bukavu animée par l'association Adejeda (Congo) souhaite promouvoir l'élevage de la basse-cour et du petit bétail pour l'apprentissage d'un métier.
- La ferme de Bahay Kalikasan (Virlanie - Philippines) souhaite permettre la réintégration des jeunes n'allant plus à l'école. C’est aussi un centre de découvertes de la nature et un lieu de vacances pour les enfants des rues.
- Le CEFAAM (Centre de Formation Agricole, Artisanale et Ménagère) à Mahitsy (Madagascar) : 90 élèves en formation sur 3 ans dont 60 internes. Chaque année, 20 jeunes vont s'installer dans la région. La lettre de ZOMA parle "d’un potager incroyable".
- La ferme de Nanban à Maduraï (Inde du Sud) où l’on élève des cocotiers et des palmiers (pour leurs noix et leurs palmes) au pied desquels poussent des cultures diverses, 46 vaches laitières dont le lait est vendu, des porcs pour la boucherie. Cette production est une source de revenus incontestable. La ferme est un centre d’enseignement pour des jeunes volontaires et un lieu de vacances pour les enfants des rues.
- Le centre de Shongaï à Porto Novo (Bénin) présente une organisation extrêmement solide et impressionnante. Cette ferme école propose une formation sur deux ans, aux filles et aux garçons (entrée sur concours) : de l'apprentissage des techniques agricoles à la commercialisation. Une formation particulière de 12 mois est offerte à des jeunes déscolarisés. Les parents de ces jeunes en formation d'un an doivent s'engager à leur trouver un terrain. Il s’agit là de la création d'un véritable réseau d'entraide des jeunes et des anciens (coordination, visites).
- La ferme de Kalyani (70 km de Calcutta - projet de Don Bosco Ashalayam) propose l'apprentissage de ces mêmes techniques agricoles. Les jeunes économisent durant leur formation pour investir un tiers de leur revenu dans l'achat d'un acre de terrain.

Ces deux dernières structures (Shongaï et Ashalayam) assurent un suivi efficace pour permettre une véritable entrée dans le monde du travail : recherches d'aides financières, sessions de recyclage, bulletins des nouveautés techniques pour Shongaï ; subventions d’Ashalayam pour l'achat de terrain afin de parvenir à vivre de ses propres récoltes.
Des particularités peuvent être évoquées : deux fermes (Kalyani et Shongaï) font de la pisciculture et la ferme de Bahay (Virlanie) fait de la production sous serres.
À côté de l’enseignement des métiers agricoles proprement dits et des techniques permettant d’obtenir de meilleurs rendements, une formation à des techniques de transformation agro-alimentaire est dispensée (transformation et conservation des produits) au collège Baba Simon de Tokombéré (Cameroun) par exemple ou au Cefotam à Madagascar.
On y souligne l'importance de la formation intellectuelle et physique des enfants. Le souhait des directeurs est de voir ces jeunes créer des petites unités de transformation de produits agricoles (boulangerie, charcuterie, entreprises de jus et de confitures). Un des élèves parle de la formation comme d'un "gagne-vie".


Un premier bilan

Bulletin n° 13 - septembre 2001

Les réussites sont réelles. Il est intéressant de voir que les filles sont particulièrement intéressées à Shongaï par la formation à la culture de champignons. Le centre de Mulemba envisage un partenariat avec une ONG française pour ouvrir la formation à tous les adolescents scolarisés ou analphabètes.
Sur le plan des productions, il est très important de mettre au point des techniques de conservation et de transformation des fruits comme les mangues, goyaves, bananes et papayes, qui viennent en abondance pendant quelques mois et pourrissent faute de savoir gérer cet afflux (source régulière de revenus comme on le mentionne à Kalyani et à Tokombéré). Or la gestion des ressources naturelles de la région est à la base du développement de ces régions qui ont souvent à faire face à des maladies dues à des carences et à des périodes de famines.

Les problèmes rencontrés

  • Le problème majeur vient de l'image très dévalorisée du travail agricole dans les mentalités. Si les enfants peuvent aimer faire de l'élevage et cultiver des légumes, les adolescents sont plus attirés par les métiers de la mécanique (comme le constate la responsable de Mulemba) et par la ville.
  • L'exode rural est un problème crucial. L'activité agricole ne semble pas, dans bien des cas, permettre la stabilité des enfants et des adolescents.
  • Le climat. À Bukavu (milieu froid), les espèces venues de Bujumbura (milieu chaud), ne s'adaptent pas ; à Tokombéré, la levure fermente mal en raison de la température.
  • Les épidémies qui déciment la basse-cour ou le bétail, ou encore l’insuffisance de ressources ne permettant pas de nourrir suffisamment les animaux (il y a même eu du cannibalisme chez les poulets à Bukavu...).
  • L'encadrement pédagogique : si certains centres comme Bukavu (vétérinaire, médecin et moniteur) ou Kalyani (étudiants en études d'agronomie, soutien de l'Université du Bengal) bénéficient de cadres compétents, les autres fermes semblent manquer cruellement de personnel enseignant. Il n’y aurait même plus d’enseignement agricole en Angola.
  • Des problèmes techniques : réservoir, irrigation, groupe électrogène ou le manque de tracteur ou de 4X4 gênent considérablement la vie des fermes.
  • Des problèmes financiers, bien entendu : le collège de Tokombéré signale que l'extraction d'huile d'arachide à la presse a un bon rendement mais demande un investissement financier trop lourd pour être envisagé.
  • Des problèmes propres aux structures sociales et politiques des pays concernés : la nécessité de réformes agraires, l'inexistence des titres fonciers, l’absence de règles définies pour la gestion du territoire posent un problème crucial.

Pourquoi une ferme
pour les enfants des rues ?

Bulletin n° 14 - février 2002

L'association Don Bosco Ashalayam, qui existe depuis 15 ans, accueille 365 enfants dans ses 18 foyers et plus de 1600 jeunes bénéficient d’un suivi constant dans la rue (alphabétisation, refuges de nuit, suivi médical, ...). En 1997, Ashalayam a lancé la création d’une ferme à l'intention des jeunes ne pouvant faire des études traditionnelles ou techniques. Ce projet doit leur permettre de se réinsérer dans la société et leur apporter un toit où ils pourront abriter leur future famille.

Une grande partie des enfants des rues se sont enfuis des villages, ils ne sont pas encore habitués à la ville et se sentent mieux à la campagne. La vie y est beaucoup moins chère et il est plus facile de s’y faire une place. Les conditions de vie des jeunes en ville sont particulièrement difficiles durant la mousson et en hiver. La tentation de la prostitution est grande et ils contractent souvent des maladies infectieuses. En été, la pollution est un fléau pour des organismes fragilisés par les privations. Encourager des jeunes à retourner à la campagne participe, même modestement, à la lutte contre l’engorgement des villes. La ferme offre un cadre "sain" à ces jeunes désireux de se reconstruire.

La formation agricole est une option facile pour des jeunes qui n’ont pas les capacités ou la volonté d’entreprendre une formation scolaire ou technique. Elle donne une chance à des jeunes très marqués par leurs antécédents (drogue, délinquance) dans un cadre propice à un nouvel épanouissement (contact avec les animaux). La plupart des jeunes travaillant à la ferme n’avaient pas "fait" leur place dans l’un des foyers d’Ashalayam où la formation impose trop de contraintes et où ils apprécient peu l’atmosphère studieuse !
Pour les mêmes raisons, il a été constitué un groupe de jeunes souffrant d’une déficience mentale leur permettant toutefois de s’initier à l’agriculture et de gérer une mini-exploitation.

Située à Kalyani, village d’importance (en Inde, un village c’est toujours plusieurs milliers d’habitants) à 65 km de Calcutta, la ferme d’Ashalayam s’étend sur un terrain de 5 hectares. Cette année, 25 jeunes âgés de 14 à 18 ans y travaillent et s’y préparent un avenir. Ils sont répartis dans quatre petites maisons placées tout autour du terrain où ils ont leur indépendance bien que placés sous la responsabilité d’éducateurs. Deux autres foyers, construits sur le même terrain, abritent des garçons et des filles plus jeunes (de 5 à 12 ans) qui vont à l’école. Ils prennent également part aux petits travaux de la ferme pendant leur temps libre. Ils rendent le lieu plus vivant, évitent l’isolement des plus âgés et la création d’une communauté "d’ados-délinquants" qui risqueraient de se sentir exclus. Tout ce petit monde vit ensemble, joue ensemble, s’entraide (les plus grands jouent le rôle de grands frères) ce qui crée une atmosphère familiale.

Les jeunes apprennent à cultiver et récolter le riz, le blé et différents légumes de base nécessaires à l’alimentation ainsi qu’à produire des fruits dont la vente constitue une source régulière de revenus. À ceux qui ne sont pas capables de gérer ces ventes à l’extérieur, on enseigne comment récolter et transformer certains produits : décorticage du riz, mouture du blé en farine ou d’épices en poudre, jus de fruits pressés, élaboration de sauces (tomate, chili), déshydratation de légumes. Deux étudiants en agronomie sont venus former les jeunes dans ces différents secteurs.

L’élevage du bétail et de la basse-cour ainsi que la pisciculture sont au programme avec le soutien de l'université du Bengale qui donne également des conseils pour la conservation du poisson.

Différentes productions offrent à la fois des opportunités de formation et des sources de revenus financiers.
Les principales cultures sont le riz et le blé (5 tonnes de riz ont été obtenus à la dernière récolte).
Mais il y a également 18 variétés de légumes (tapioca, pommes de terre, tomates, pois, haricots, concombres, citrouilles, choux et choux fleurs et des variétés locales), 15 variétés d’arbres fruitiers (bananiers, goyaviers, papayers, manguiers, et de nombreuses variétés locales) et une culture de champignons.
Il y a aussi 350 poules et quelques canards pour les œufs et la viande, quelques vaches pour le lait et l'on démarre la pisciculture avec un bassin (500 m3 d’eau) pour 600 poissons.
Une unité de lyophilisation est aussi en activité où sont fabriqués des chips ( tapioca et pommes de terre), de la poudre d’épices, des légumes lyophilisés (choux, choux fleurs), et, également, une unité de fabrication et de mise en bouteille de jus de fruits, sauces de piment, ainsi que des sauces tomate.


  • Les formations annexes dérivées du projet

Deux jeunes ont déjà appris à conduire un petit tracteur offert par le consulat d'Angleterre et travaillent à la fois sur l'exploitation et pour le compte de fermiers alentour.
Les étiquettes pour la vente des produits lyophilisés et des jus en bouteilles sont imprimées dans un atelier d’Ashalayam.
Un des foyers situé dans la ferme est plus spacieux et accueille par roulement, pendant les vacances, les enfants des autres foyers situés à Calcutta ou à Howrah. Ces groupes bénéficient ainsi pendant une semaine non seulement d’un "bain" en pleine nature, mais aussi d’une initiation aux travaux de la ferme et d’une sensibilisation à l’idée de s’installer plus tard dans un village plutôt qu’en ville.


  • Les profits

Une partie des récoltes fournit à l’ensemble des foyers d’Ashalayam le riz, les pommes de terre, les légumes, les œufs et permet d’économiser chaque mois entre 380 et 750 euros. Le reste est vendu sur le marché local.
La lyophilisation des légumes permet de les vendre plus cher lorsqu'ils se font rares sur les marchés.
En quantités encore peu importantes, les chips, poudres d’épices, jus de fruits et sauces sont proposés à la vente (avec une licence d’expoitation alimentaire) dans des hôtels de Calcutta, des écoles, des boutiques.
La location du tracteur auprès de fermiers locaux dégage des revenus pour le projet et pour les jeunes qui le conduisent.


  • Les principes pédagogiques

Les jeunes sont hébergés par petits groupes de 5 ou 6, ce qui permet un suivi individuel. Ils vivent en petite communauté, sont indépendants et beaucoup plus libres que s’ils vivaient dans un foyer traditionnel. Ils sont autonomes, cuisent leurs repas et sont responsables de la propreté de leur maison. Ils vivent dans des conditions simples, analogues à celles des paysans alentour, sans décalage avec ce qu’ils pourront vivre plus tard.

L’objectif principal : créer les conditions d'un avenir possible.

Un jeune peut toujours choisir, après s’être "stabilisé" grâce à la ferme, de retourner en ville et de s’orienter vers un autre métier. Un tiers des bénéfices gagnés par la vente des produits est déposé sur le compte bancaire du ou des jeunes qui y ont travaillé, et, pour certaines cultures, ils sont payés à l’heure. Pour ceux qui choisissent de rester dans le domaine agricole, cette épargne et une subvention d'Ashalayam rendent possible la construction d'une maison et l'achat d'un terrain (moins de 0,5 hectare) leur permettant de vivre de leurs propres récoltes.

En l’espace de trois ans et demi, de nombreux jeunes ont déjà bénéficié d’une période de réinsertion à la ferme : 45 d'entre eux ont leur terrain, 32 ont construit leur maison et 22 se sont mariés.


  • L’équipe

Uncle William, retraité, initiateur et coordinateur du projet, consacre 100% de son temps comme bénévole à Ashalayam. Il a une grande expérience de l’exploitation agricole et de la comptabilité. Un volontaire indien et un fermier local salarié par Ashalayam s’occupent de la formation agricole des jeunes.
Deux éducateurs s’occupent du suivi pédagogique.
Deux spécialistes du Département de West Bengali (attachés du gouvernement), l’un en agronomie, l’autre en pisciculture, donnent bénévolement des conseils. De plus, ils obtiennent de la part de partenaires locaux des dons ou des réductions sur l’achat de semences, de poissons.
Des fermiers des villages voisins sont employés de manière saisonnière aux périodes de grands travaux. Ils sont aussi une source d’information et de socialisation pour les jeunes.
Ashalayam rappelle que le projet de ferme relaté ci-dessus n'a pu se réaliser qu'après une observation attentive du contexte local (traditions et besoins), et avec la participation active d'Indiens issus du terrain.

   

Don Bosco Ashalayam
158/18 Belilious Road
711 101 Howrah
INDIA
+ 91 33 2643 5037
+ 91 33 2643 9296
dbasha@vsnl.com
www.ashalayam.org


Les expériences agricoles

Bulletin n°15 - septembre 2002

  • Témoignage de Lumpungu Mwebo, de l'association Centre de Vie pour Tous - Lubumbashi, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

"Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette expérience ?

L’agriculture chez nous est le métier le plus facile et le plus accessible à tous. Nous-mêmes, encore jeunes étudiants, nous avions surmonté nos difficultés financières grâce à un travail de la terre. Et aidés par un missionnaire catholique qui achetait nos produits agricoles, nous avions décidé de partager notre expérience avec les jeunes de la rue.

Quelles sont les choses essentielles à posséder

Au tout début, étant donné que les moyens sont minces, il faut avoir quelques houes seulement, deux ou trois arrosoirs et des semences. Cela même si les enfants doivent travailler à tour de rôle. L’essentiel est que le projet démarre.
Il est important aussi d’avoir suffisamment de nourriture à donner aux enfants régulièrement. Car ils sont dans la rue pour chercher de quoi manger. Et pour eux tout travail doit produire le jour même. (...) C’est avec le temps qu’ils comprendront que pour mieux vivre il faut travailler durement, être patient et attendre que ce que l’on a semé pousse.
Enfin, il faut s’armer de courage et de détermination pour comprendre que dans l’agriculture il y a aussi des difficultés et qu’il faut avoir le courage de recommencer quand ça n’a pas marché la première fois.

Avec combien d’enfants avez-vous commencé ?

Pour des raisons de discipline, de bon encadrement et surtout à cause de la modicité de nos moyens, nous avons commencé avec 20 enfants, et ce n’est qu’après que nous sommes arrivés à plus de 50 aujourd’hui.
Pour quiconque voudrait se lancer dans cette activité, il est important de commencer avec un nombre très réduit de jeunes que l’on initiera suffisamment au métier et qui, à leur tour, aideront les autres à mieux faire. C'est ainsi que le projet a le plus de chances de réussir.

Depuis combien de temps le projet existe-t-il ?

Notre œuvre existe depuis 1992 et a été plus effective en 1993. Le projet a bien progressé car nous avons commencé l’agriculture sur un tout petit terrain et aujourd’hui nous pouvons cultiver 1 à 2 hectares.

Si le projet a réussi, c'est grâce à quoi ?

Le plus grand secret pour la réussite c’est le courage, l’amour, le souci, la volonté de voir les autres apprendre ce métier et en vivre, grâce à leurs efforts personnels, au lieu de végéter dans les rues. Encore une fois, pour réussir il faut commencer avec un petit nombre d’enfants que l'on sait encadrer. De plus, il faut savoir cultiver les produits faciles à vendre.
Par contre, on échoue quand on commence avec un nombre trop élevé d’enfants qu’on ne sait pas bien encadrer. Car il ne faut pas oublier que ces enfants vivaient dans un milieu sans loi ni discipline. Voilà pourquoi il faut un suivi individuel de chacun d’eux.
On échoue aussi quand on commence avec un champ trop grand alors que les moyens sont minces. (...) Mais aussi, la vérité, c’est que les enfants peuvent ne plus revenir quand on ne parvient plus à les nourrir. En conséquence, le projet s’arrête.

Pensez-vous que ces activités agricoles soient vraiment bénéfiques aux enfants ?

Ces activités sont bénéfiques aux enfants dans la mesure où c’est un métier qui les rend utiles à eux-mêmes et surtout à la société. En gros, l’agriculture permet aux enfants de découvrir qu’ils ne sont pas des sous-hommes et que, comme tous les hommes, ils peuvent vivre heureux grâce à leur propre génie et à leurs efforts.

Que faut-il faire pour qu’ils n’aient pas envie de retourner en ville ?

Chez nous, les produits des champs sont vendus par les enfants eux-mêmes sous la supervision de responsables de notre centre. De cette façon ils gagnent l’argent eux-mêmes et petit à petit, ils découvrent que ce qu’ils espéraient trouver dans la rue leur est procuré par leur propre travail de la terre. Ainsi ils se rendent compte peu à peu qu’ils n'ont plus besoin d'être dans la rue où ils vivent et mangent difficilement, alors que notre centre leur assure une certaine sécurité alimentaire."

   

Centre de Vie pour Tous
B.P. 13 34
Lubumbashi
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
cvtrdc@yahoo.fr



  • OPDE Burundi - Bujumbura, RÉPUBLIQUE DU BURUNDI

"Après tout un processus d'analyse et d'accompagnement, on a pu se rendre compte qu'un enfant des rues est un enfant travailleur capable de se rendre utile et de prendre en mains sa destinée. On a alors commencé par des actions très simples comme l'élevage de poules aux foyers où ils habitent. (...)
En janvier 1997, l'OPDE a mis en route un projet pilote d'élevage de 600 poules pondeuses dans ses trois foyers d'accueil. Cette phase expérimentale a posé beaucoup de problèmes mais son résultat a finalement été très positif. Après cet essai, le projet a été étendu à 1 000 poules pondeuses. Il contribue efficacement à l'amélioration de la ration alimentaire des enfants. Il a permis de les former aux différentes techniques d'élevage et aux différentes méthodes de gestion et d'entreprenariat. (...)
Grâce à ce projet nous avons pu soutenir d'autres micro-projets en faveur des enfants les plus déshérités dont la coupe/couture pour les filles, la réfection du refuge pour les enfants des rues, le projet forge artisanale et son appui logistique."

   

OPDE Burundi
B.P. 4260
RÉPUBLIQUE DU BURUNDI
+ 257 22 78 93 ou 21 81 48
+ 257 21 33 54
OPDE.Burundi@opde.org
www.opde.org



  • Centre Notre-Dame de Clairvaux - Don Bosco - Antananarivo, MADAGASCAR

"Le centre, d'abord simple lieu d'accueil en 1968, a été pris en mains par les salésiens de Don Bosco en 1984. Il accueille aujourd'hui plus de 200 jeunes à risques, auxquels il est offert un enseignement général, une orientation et une formation professionnelles (agriculture et élevage, construction, ouvrages métalliques et menuiserie). À noter que le Centre Notre-Dame de Clairvaux travaille en équipe avec plus de 36 centre sociaux à Antananarivo (...).

Les buts de l'élevage

L'élevage a un but éducatif : il s'agit de former des professionnels de l'élevage compte tenu que Madagascar est un pays fondamentalement agricole (80% de la population est agricole).
L'élevage a aussi un but thérapeutique : les jeunes établissent des liens d'affection autant entre eux qu'avec les animaux ; ils apprennent à les respecter et à leur exprimer leur tendresse. Le travail dans la ferme est une véritable thérapie puisque les jeunes arrivent à s'ouvrir et à s'engager sans mesure avec les animaux qu'ils apprennent à soigner, à apprivoiser et à aimer. Grâce à ce travail, ils deviennent responsables et font preuve de constance car les animaux ne prennent jamais de vacances, il faut chaque jour les nourrir et en prendre soin.
L'élevage a un but productif car le produit du travail des élèves est utilisé pour la nourriture du Centre : par exemple, le lait produit dans la ferme est consommé par les jeunes.

L'élevage

Le Centre dispose, à 15 km d'Antananarivo, d'une superficie de 14 ha sur lesquels sont élevés des dindes, des canards et des lapins, des brebis, des zébus, des vaches et des chevaux, des porcs, des cochons d'inde et des petits oiseaux (perdrix, perruches).
Il y a bien sûr des problèmes, comme la gestion des maladies, de la stérilité ou d'accidents avec certains animaux... Mais, en dépit de ces difficultés, les élevages sont une réussite car ils forment les jeunes et ouvrent des relations avec des éleveurs ce qui facilite les stages et les possibilités de travail pour les jeunes.

Quelques réflexions issues de notre expérience

Il ne faut pas se lancer dans l'élevage industriel car les risques sont trop grands. Il vaut mieux faire des élevages familiaux (à la mesure des jeunes) en achetant petit à petit les animaux pour voir si on arrive à les gérer.
Il faut que la personne qui en est responsable soit compétente, qu'elle aime les jeunes et soit aidée par des gens capables. Il faut suivre chaque jour le travail effectué, faire attention lors de la saison sèche (manque d'herbe) et prévoir en avance. Il faut avoir des médicaments et un vétérinaire dans le voisinage, il faut que le lieu de l'élevage soit sûr pour éviter les vols la nuit, et il faut que les jeunes consomment ce qu'ils produisent car cela les motive. Enfin, il ne faut pas avoir peur, ce n'est pas si difficile. Il faut se rappeler que c'est avant tout une école et que par conséquent parfois les jeunes se trompent... Il ne faut pas trop se fâcher, il faut surtout une grande patience !"

Heriberto CABRERA est prêt à répondre aux questions concernant tel ou tel élevage :

   

Centre Notre-Dame de Clairvaux - Don Bosco
B.P. 41-105 Ivato Aéroport
Antananarivo
MADAGASCAR
+ 261 22 440 73
cndc.sdb@wanadoo.mg



  • Catholic Action for Street Children (CAS) - Accra, GHANA

(...) "Les enfants qui se préparent à entrer à l’école mais qui ne sont pas encore prêts à le faire sont envoyés à la ferme de Hopeland Training Center où l’équipe de travailleurs sociaux a la possibilité de bien connaître les enfants. C’est un grand pas pour les enfants des rues, car ils quittent non seulement la rue mais aussi la vie en ville. Ils restent à Hopeland de 6 à 9 mois. Ils y soignent des poulets, des cochons, des lapins et des canards, ils suivent des cours de céramique et de fabrication de bougies et suivent des cours d’alphabétisation et d’hygiène. D'ici peu d’années, la ferme devrait être autonome, mais récemment nous avons connu un certain nombre de revers en raison du manque de pluie de ces trois dernières années et de l’inflation. En effet, bien que nous n’ayons aucun problème pour vendre les produits de la ferme, la marge bénéficiaire est très faible à cause de l’inflation."

   

Catholic Association for Street children
c/o Brothers F.I.C.
P.O. Box 709
Madina, Accra
GHANA
+ 233 21 313266
+ 233 21 507001
ficcas@ighmail.com
www.cas-ghana.com



  • Nanban - Maduraï, INDE

"Nanban possède un centre d’agriculture et d’élevage de plus de 6 hectares où poussent 900 cocotiers et 200 palmiers dont les récoltes de noix et de palmes sont très satisfaisantes. Des cultures de maïs et de vellari (variété d’épinard riche en vitamine C) sont cultivées entre les palmiers. La ferme possède actuellement un troupeau de bovins, (46 vaches) dont la très bonne production laitière est vendue directement au consommateur, ainsi que trois porcheries (32 porcs et 28 porcelets) nourris en partie par les surplus de nourriture des cantines d’organismes tels que des hôpitaux. Trois cochons sont vendus chaque mois. Trois bâtiments abritent l’administration, les services et commodités nécessaires au personnel, des salles de conférences, des étables et des granges.
La ferme a pour avantage d’être à la fois une source de revenus, un centre de formation pour les jeunes, un endroit idéal pour les ateliers de formation, les séminaires et les conférences, un lieu de vacances pour les enfants et un centre d’accueil pour les invités officiels. L’an dernier, Nanban a installé un générateur d’électricité qui brûle les détritus de la ferme (excrément d’animaux) et le résidu sert d’engrais pour l’agriculture. Les enfants sont très fiers de cette machine qui est la première du genre dans la région et déclarent qu’elle est le centre d’attraction du voisinage."

   

Nanban
Maria Complex
Ashok Nagar, III Street
Kochadai
Madurai - 625 016
Tamilnadu
SOUTH INDIA
+ 91 452 2384630 / 2384270 / 2383339
+ 91 452 2384270
james@nanbanindia.org
www.nanbanindia.org



  • Mulemba - Luanda, ANGOLA

"Chaque samedi et durant les vacances, les enfants de 12 ans et plus sont formés à l'agriculture dans le cadre de notre coopération avec Agrisud Angola. Les plus âgés ont pu obtenir de l'argent de poche en aidant à la plantation de 200 manguiers et 3000 pommiers."

   

Mulemba
64, Grande Rue
91940 Saint-Jean-de-Beauregard
FRANCE
asso.mulemba@ml.free.fr
www.mulemba.org



Cette association suit actuellement 125 enfants.
Les activités agricoles sur 3,5 ha permettent de varier la nourriture des enfants et de leur apprendre la culture. Ceux-ci sont très fiers de manger le fruit de leur travail.

   

Intiganda
Butaré
RWANDA



L'OPDE Rwanda a aussi des activités agro-pastorales. Elles aident à lutter contre la malnutrition des enfants, à former certains d'entre eux professionnellement et à trouver un apport financier non négligeable pour équilibrer le budget. On y élève des poules, 2 vaches, 1 veau, 10 porcs et 8 porcelets, 6 chèvres, gère un moulin à céréales, à l'usage de la population, qui génère des revenus et procure du son et des restes de farine pour les animaux, et cultive un terrain potager de près de 200 ares. Mais, hélas, les coûts de production ont augmenté et certains prix de vente ont baissé, enfin les poules sont tombées malades !

   

OPDE Rwanda
B.P. 641
Butaré
RWANDA
OPDE.Rwanda@opde.org
www.opde.org



Cette association s'occupe de 111 enfants dont 86 sont suivis dans leur famille et 25 sont hébergés au centre. L'élevage de porcs, le jardin potager et un salon de coiffure sont source de revenus. Des contacts et des échanges avec d'autres associations s'occupant d'enfants des rues, à Kigali notamment, sont très fructueux.

   

Abaterambere
B.P. 45
Ruhengeri
RWANDA
+ 250 546 239



  • Songhaï - Porto Novo, BÉNIN

Songhaï est en train de mettre en place un réseau d'informations et de communication à distance pour une agriculture durable en Afrique de l'Ouest. La formation à distance, la production et la diffusion d'outils multimédias, ainsi que des discussions constitueront le tremplin du partage des informations. Pour y accéder, se renseigner à songhai@songhai.org.

   

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Créée le 27 juin 2005 - Mise à jour le 6 mai 2006