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L'AGRICULTURE EN TANT QU'OUTIL PÉDAGOGIQUE Beaucoup d’associations qui s’occupent d’enfants des
rues, utilisent les travaux agricoles comme un outil pédagogique. D’après
elles, par ce moyen, non seulement on parvient à sortir les enfants
de la rue mais aussi à leur redonner le sens de rythmes naturels à
travers celui des saisons, le sens des responsabilités par la croissance
ou la ruine d’un semis que l’on a ou non oublié d’arroser,
le développement ou le dépérissement d’un animal
familier dont l’enfant a la charge. C’est aussi le moyen d’apprendre
un métier lorsque l’on est analphabète, de gagner sa vie,
de rentrer au village, de lutter contre l’exode rural. On peut dire brièvement qu’il y a deux types différents
d’utilisation de l’agriculture auprès des enfants :
Jardins et basse-cours :
activités annexes des foyers
La présence de potagers et de volailles, même de tailles modestes, rencontre un grand succés auprès des enfants. Le travail qu’ils y font et ses résultats sont pour eux très importants : ils arrosent et voient comme tout pousse ! La responsabilisation des enfants est fondamentale : L’apprentissage par les enfants du processus complet du jardinage ou
de l’élevage de poulets et de lapins se fait donc sur le tas.
Étant donné, en général, le peu de moyens matériels,
ce sont les enfants et les animateurs des associations qui construisent les
structures nécessaires (enclos, poulailler, ...). Les
fermes
Toutes les fermes qui nous ont été décrites ont pour
objectif commun de vouloir réinsérer l'enfant dans la vie agricole
de son pays en lui offrant la possibilité d'acquérir un savoir-faire
pour trouver un emploi. Le retour au village, un travail en mains, est le
but ultime. ("En Afrique, on peut avoir oublié sa famille, mais
jamais sa terre" déclare Innocent G. Gbetegan.) Nous pouvons citer parmi les projets des fermes écoles pour
les enfants et adolescents défavorisés : Ces deux dernières structures (Shongaï et Ashalayam)
assurent un suivi efficace pour permettre une véritable entrée
dans le monde du travail : recherches d'aides financières, sessions
de recyclage, bulletins des nouveautés techniques pour Shongaï
; subventions d’Ashalayam pour l'achat de terrain afin
de parvenir à vivre de ses propres récoltes. Un
premier bilan
Les réussites sont réelles. Il est intéressant
de voir que les filles sont particulièrement intéressées
à Shongaï par la formation à la culture
de champignons. Le centre de Mulemba envisage un partenariat
avec une ONG française pour ouvrir la formation à tous les adolescents
scolarisés ou analphabètes. Les problèmes rencontrés
Pourquoi
une ferme
pour les enfants des rues ? L'association Don Bosco Ashalayam, qui existe depuis 15 ans, accueille 365 enfants dans ses 18 foyers et plus de 1600 jeunes bénéficient d’un suivi constant dans la rue (alphabétisation, refuges de nuit, suivi médical, ...). En 1997, Ashalayam a lancé la création d’une ferme à l'intention des jeunes ne pouvant faire des études traditionnelles ou techniques. Ce projet doit leur permettre de se réinsérer dans la société et leur apporter un toit où ils pourront abriter leur future famille. Une grande partie des enfants des rues se sont enfuis des villages, ils ne sont pas encore habitués à la ville et se sentent mieux à la campagne. La vie y est beaucoup moins chère et il est plus facile de s’y faire une place. Les conditions de vie des jeunes en ville sont particulièrement difficiles durant la mousson et en hiver. La tentation de la prostitution est grande et ils contractent souvent des maladies infectieuses. En été, la pollution est un fléau pour des organismes fragilisés par les privations. Encourager des jeunes à retourner à la campagne participe, même modestement, à la lutte contre l’engorgement des villes. La ferme offre un cadre "sain" à ces jeunes désireux de se reconstruire. La formation agricole est une option facile pour des jeunes qui n’ont
pas les capacités ou la volonté d’entreprendre une formation
scolaire ou technique. Elle donne une chance à des jeunes très
marqués par leurs antécédents (drogue, délinquance)
dans un cadre propice à un nouvel épanouissement (contact avec
les animaux). La plupart des jeunes travaillant à la ferme n’avaient
pas "fait" leur place dans l’un des foyers d’Ashalayam
où la formation impose trop de contraintes et où ils apprécient
peu l’atmosphère studieuse ! Située à Kalyani, village d’importance (en Inde, un village c’est toujours plusieurs milliers d’habitants) à 65 km de Calcutta, la ferme d’Ashalayam s’étend sur un terrain de 5 hectares. Cette année, 25 jeunes âgés de 14 à 18 ans y travaillent et s’y préparent un avenir. Ils sont répartis dans quatre petites maisons placées tout autour du terrain où ils ont leur indépendance bien que placés sous la responsabilité d’éducateurs. Deux autres foyers, construits sur le même terrain, abritent des garçons et des filles plus jeunes (de 5 à 12 ans) qui vont à l’école. Ils prennent également part aux petits travaux de la ferme pendant leur temps libre. Ils rendent le lieu plus vivant, évitent l’isolement des plus âgés et la création d’une communauté "d’ados-délinquants" qui risqueraient de se sentir exclus. Tout ce petit monde vit ensemble, joue ensemble, s’entraide (les plus grands jouent le rôle de grands frères) ce qui crée une atmosphère familiale. Les jeunes apprennent à cultiver et récolter le riz, le blé et différents légumes de base nécessaires à l’alimentation ainsi qu’à produire des fruits dont la vente constitue une source régulière de revenus. À ceux qui ne sont pas capables de gérer ces ventes à l’extérieur, on enseigne comment récolter et transformer certains produits : décorticage du riz, mouture du blé en farine ou d’épices en poudre, jus de fruits pressés, élaboration de sauces (tomate, chili), déshydratation de légumes. Deux étudiants en agronomie sont venus former les jeunes dans ces différents secteurs. L’élevage du bétail et de la basse-cour ainsi que la pisciculture sont au programme avec le soutien de l'université du Bengale qui donne également des conseils pour la conservation du poisson. Différentes productions offrent à la fois des opportunités
de formation et des sources de revenus financiers.
Deux jeunes ont déjà appris à conduire un petit tracteur
offert par le consulat d'Angleterre et travaillent à la fois sur l'exploitation
et pour le compte de fermiers alentour.
Une partie des récoltes fournit à l’ensemble des foyers
d’Ashalayam le riz, les pommes de terre, les légumes,
les œufs et permet d’économiser chaque mois entre 380 et
750 euros. Le reste est vendu sur le marché local.
Les jeunes sont hébergés par petits groupes de 5 ou 6, ce qui permet un suivi individuel. Ils vivent en petite communauté, sont indépendants et beaucoup plus libres que s’ils vivaient dans un foyer traditionnel. Ils sont autonomes, cuisent leurs repas et sont responsables de la propreté de leur maison. Ils vivent dans des conditions simples, analogues à celles des paysans alentour, sans décalage avec ce qu’ils pourront vivre plus tard. L’objectif principal : créer les conditions d'un avenir possible. Un jeune peut toujours choisir, après s’être "stabilisé" grâce à la ferme, de retourner en ville et de s’orienter vers un autre métier. Un tiers des bénéfices gagnés par la vente des produits est déposé sur le compte bancaire du ou des jeunes qui y ont travaillé, et, pour certaines cultures, ils sont payés à l’heure. Pour ceux qui choisissent de rester dans le domaine agricole, cette épargne et une subvention d'Ashalayam rendent possible la construction d'une maison et l'achat d'un terrain (moins de 0,5 hectare) leur permettant de vivre de leurs propres récoltes. En l’espace de trois ans et demi, de nombreux jeunes ont déjà bénéficié d’une période de réinsertion à la ferme : 45 d'entre eux ont leur terrain, 32 ont construit leur maison et 22 se sont mariés.
Uncle William, retraité, initiateur et coordinateur
du projet, consacre 100% de son temps comme bénévole à
Ashalayam. Il a une grande expérience de l’exploitation
agricole et de la comptabilité. Un volontaire indien et un fermier
local salarié par Ashalayam s’occupent de la
formation agricole des jeunes.
Les expériences agricoles
"Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette expérience ? L’agriculture chez nous est le métier le plus facile et le plus accessible à tous. Nous-mêmes, encore jeunes étudiants, nous avions surmonté nos difficultés financières grâce à un travail de la terre. Et aidés par un missionnaire catholique qui achetait nos produits agricoles, nous avions décidé de partager notre expérience avec les jeunes de la rue. Quelles sont les choses essentielles à posséder Au tout début, étant donné que les moyens sont minces,
il faut avoir quelques houes seulement, deux ou trois arrosoirs et des semences.
Cela même si les enfants doivent travailler à tour de rôle.
L’essentiel est que le projet démarre. Avec combien d’enfants avez-vous commencé ? Pour des raisons de discipline, de bon encadrement et surtout à cause
de la modicité de nos moyens, nous avons commencé avec 20 enfants,
et ce n’est qu’après que nous sommes arrivés à
plus de 50 aujourd’hui. Depuis combien de temps le projet existe-t-il ? Notre œuvre existe depuis 1992 et a été plus effective en 1993. Le projet a bien progressé car nous avons commencé l’agriculture sur un tout petit terrain et aujourd’hui nous pouvons cultiver 1 à 2 hectares. Si le projet a réussi, c'est grâce à quoi ? Le plus grand secret pour la réussite c’est le courage, l’amour,
le souci, la volonté de voir les autres apprendre ce métier
et en vivre, grâce à leurs efforts personnels, au lieu de végéter
dans les rues. Encore une fois, pour réussir il faut commencer avec
un petit nombre d’enfants que l'on sait encadrer. De plus, il faut savoir
cultiver les produits faciles à vendre. Pensez-vous que ces activités agricoles soient vraiment bénéfiques aux enfants ? Ces activités sont bénéfiques aux enfants dans la mesure où c’est un métier qui les rend utiles à eux-mêmes et surtout à la société. En gros, l’agriculture permet aux enfants de découvrir qu’ils ne sont pas des sous-hommes et que, comme tous les hommes, ils peuvent vivre heureux grâce à leur propre génie et à leurs efforts. Que faut-il faire pour qu’ils n’aient pas envie de retourner en ville ? Chez nous, les produits des champs sont vendus par les enfants eux-mêmes sous la supervision de responsables de notre centre. De cette façon ils gagnent l’argent eux-mêmes et petit à petit, ils découvrent que ce qu’ils espéraient trouver dans la rue leur est procuré par leur propre travail de la terre. Ainsi ils se rendent compte peu à peu qu’ils n'ont plus besoin d'être dans la rue où ils vivent et mangent difficilement, alors que notre centre leur assure une certaine sécurité alimentaire."
"Après tout un processus d'analyse et d'accompagnement, on a
pu se rendre compte qu'un enfant des rues est un enfant travailleur capable
de se rendre utile et de prendre en mains sa destinée. On a alors commencé
par des actions très simples comme l'élevage de poules aux foyers
où ils habitent. (...)
"Le centre, d'abord simple lieu d'accueil en 1968, a été pris en mains par les salésiens de Don Bosco en 1984. Il accueille aujourd'hui plus de 200 jeunes à risques, auxquels il est offert un enseignement général, une orientation et une formation professionnelles (agriculture et élevage, construction, ouvrages métalliques et menuiserie). À noter que le Centre Notre-Dame de Clairvaux travaille en équipe avec plus de 36 centre sociaux à Antananarivo (...). Les buts de l'élevage L'élevage a un but éducatif : il s'agit de former des professionnels
de l'élevage compte tenu que Madagascar est un pays
fondamentalement agricole (80% de la population est agricole). L'élevage Le Centre dispose, à 15 km d'Antananarivo, d'une
superficie de 14 ha sur lesquels sont élevés des dindes, des
canards et des lapins, des brebis, des zébus, des vaches et des chevaux,
des porcs, des cochons d'inde et des petits oiseaux (perdrix, perruches). Quelques réflexions issues de notre expérience Il ne faut pas se lancer dans l'élevage industriel car les risques
sont trop grands. Il vaut mieux faire des élevages familiaux (à
la mesure des jeunes) en achetant petit à petit les animaux pour voir
si on arrive à les gérer. Heriberto CABRERA est prêt à répondre aux questions concernant tel ou tel élevage :
(...) "Les enfants qui se préparent à entrer à l’école mais qui ne sont pas encore prêts à le faire sont envoyés à la ferme de Hopeland Training Center où l’équipe de travailleurs sociaux a la possibilité de bien connaître les enfants. C’est un grand pas pour les enfants des rues, car ils quittent non seulement la rue mais aussi la vie en ville. Ils restent à Hopeland de 6 à 9 mois. Ils y soignent des poulets, des cochons, des lapins et des canards, ils suivent des cours de céramique et de fabrication de bougies et suivent des cours d’alphabétisation et d’hygiène. D'ici peu d’années, la ferme devrait être autonome, mais récemment nous avons connu un certain nombre de revers en raison du manque de pluie de ces trois dernières années et de l’inflation. En effet, bien que nous n’ayons aucun problème pour vendre les produits de la ferme, la marge bénéficiaire est très faible à cause de l’inflation."
"Nanban possède un centre d’agriculture et d’élevage
de plus de 6 hectares où poussent 900 cocotiers et 200 palmiers dont
les récoltes de noix et de palmes sont très satisfaisantes.
Des cultures de maïs et de vellari (variété d’épinard
riche en vitamine C) sont cultivées entre les palmiers. La ferme possède
actuellement un troupeau de bovins, (46 vaches) dont la très bonne
production laitière est vendue directement au consommateur, ainsi que
trois porcheries (32 porcs et 28 porcelets) nourris en partie par les surplus
de nourriture des cantines d’organismes tels que des hôpitaux.
Trois cochons sont vendus chaque mois. Trois bâtiments abritent l’administration,
les services et commodités nécessaires au personnel, des salles
de conférences, des étables et des granges.
"Chaque samedi et durant les vacances, les enfants de 12 ans et plus sont formés à l'agriculture dans le cadre de notre coopération avec Agrisud Angola. Les plus âgés ont pu obtenir de l'argent de poche en aidant à la plantation de 200 manguiers et 3000 pommiers."
Cette association suit actuellement 125 enfants.
L'OPDE Rwanda a aussi des activités agro-pastorales. Elles aident à lutter contre la malnutrition des enfants, à former certains d'entre eux professionnellement et à trouver un apport financier non négligeable pour équilibrer le budget. On y élève des poules, 2 vaches, 1 veau, 10 porcs et 8 porcelets, 6 chèvres, gère un moulin à céréales, à l'usage de la population, qui génère des revenus et procure du son et des restes de farine pour les animaux, et cultive un terrain potager de près de 200 ares. Mais, hélas, les coûts de production ont augmenté et certains prix de vente ont baissé, enfin les poules sont tombées malades !
Cette association s'occupe de 111 enfants dont 86 sont suivis dans leur famille et 25 sont hébergés au centre. L'élevage de porcs, le jardin potager et un salon de coiffure sont source de revenus. Des contacts et des échanges avec d'autres associations s'occupant d'enfants des rues, à Kigali notamment, sont très fructueux.
Songhaï est en train de mettre en place un réseau
d'informations et de communication à distance pour une agriculture
durable en Afrique de l'Ouest. La formation à distance,
la production et la diffusion d'outils multimédias, ainsi que des discussions
constitueront le tremplin du partage des informations. Pour y accéder,
se renseigner à
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