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LE CENTRE D'ÉCOUTE

Vous trouverez ci-dessous des extraits du "Petit traité à l'intention des éducateurs" rédigé, en premier lieu, pour les éducateurs des "Enfants du Soleil de Madagascar". Cette association a atteint, en près de quinze ans d'existence, un développement nécessitant une organisation adaptée à ses nombreuses activités réparties dans plusieurs villages où sont accueillis près de 400 enfants.

* Organisation de l'accueil et de la prise en charge de l'enfant des rues
* Le foyer familial
* Le foyer de jeunes travailleurs
* Le centre d'aide par le travail


Organisation de l'accueil et de la prise en charge
de l'enfant des rues

L'enfant des rues est un enfant qui a perdu le contact, non seulement avec sa famille mais aussi, souvent, avec les adultes.

Il faut à tout prix renouer le dialogue. C'est le rôle de l'éducateur du centre d'accueil et d'écoute.

Le dialogue renoué, il faut tenter de réinsérer l'enfant dans sa famille - ce que l'éducateur peut arriver à faire dans au moins 60% des cas - car la famille a pu se modifier, l'atmosphère familiale a pu changer, rien n'étant définitif.

Lorsque toutes les chances de réinsertion auront été épuisées et que l'enfant ne peut retrouver sa famille, il faut alors lui trouver une structure d'accueil et de prise en charge définitive : ce sera celle du foyer familial.

Par la suite, il faudra réinsérer cet enfant dans le monde des adolescents, puis des adultes : scolarisation, formation et insertion professionnelles.

  • Les éducateurs.

Un CAE (Centre d'Accueil et d'Écoute) fonctionne avec deux ou trois éducateurs. L'un assure la permanence au CAE, l'autre est au repos ou cherche les enfants dormant dans la rue. Lorsqu'il les trouve, il les invite à venir dormir au foyer, mais ne doit pas les y obliger.

Il prend contact avec les forces de sécurité (police, gendarmerie) et leur explique quel est son rôle. Il travaille en relation avec eux mais non pas avec eux afin de ne pas effrayer l'enfant des rues. Il porte un vêtement avec le sigle apparent de son association afin d'éviter toute méprise quant à son rôle.

  • Fonctionnement d'un Centre d'Accueil et d'Écoute.

Le CAE est un lieu d'accueil. L'enfant peut y dormir sans être inquiété. Il trouve nattes, matelas, couverture. Il peut aller aux toilettes. Il peut se laver et y trouver douche et serviettes.

Le CAE est un lieu d'écoute. L'enfant des rues va y trouver un éducateur qui est là pour l'écouter. C'est probablement le seul moment de la journée où il sera écouté par un adulte. L'éducateur devra peu à peu découvrir le problème de cet enfant, pourquoi il est dans la rue. Il faut savoir que cet enfant ment presque toujours et que la vérité n'apparaîtra que peu à peu. La confiance gagnée, il pourra songer à le ramener dans son milieu familial, éventuellement en donnant un coup de main à la famille. Lorsqu'on s'apercevra que cet enfant ne peut véritablement être ramené en famille, il devra être dirigé vers un foyer de type familial.

Le CAE dispose de médicament de base pour soigner une petite infection, une plaie, une toux. Mais l'éducateur n'est pas un infirmier. Il oriente l'enfant vers l'infirmerie la plus proche si besoin est.

Au CAE, l'enfant peut être nourri le soir, ce qui est un moyen de lui faire quitter la rue.

Le CAE est équipé du minimum d'ameublement (nattes, matelas, couvertures) et éventuellement d'un téléviseur si cela peut permettre aux enfants d'abandonner la fréquentation de la vidéo porno.

L'enfant doit pouvoir se laver et s'essuyer. Un savon attaché à une cordelette est en permanence dans la douche. L'enfant aura une serviette pour s'essuyer.

Une discipline est obligatoire. On respectera l'heure du coucher, du lever. Le nettoyage des locaux est effectué par les enfants. Mais surtout, on apprendra à l'enfant à bannir le mensonge, le vol, la drogue et la prostitution.

Les documents. Le CAE dispose d'un premier registre sur lequel on trouve chaque jour les renseignements suivants : date, nom des éducateurs, de leur service, nom et âge des enfants recueillis pour la nuit, heure de l'accueil, incidents.
Un deuxième registre sur lequel on inscrira les renseignements recueillis progressivement sur les enfants. On y trouve une page par enfant sur laquelle figurent son nom, sa date de naissance, tous les renseignements recueillis sur les parents, sur son caractère, sur sa manière de vivre, sur les visites effectuées aux parents, les interventions médicales, etc.

  • Les comptes du CAE.

Les comptes du centre sont tenus à jour dans :
- le registre journal (c'est un livre de caisse établi en double par duplication sur lequel sont inscrits journellement les entrées, les sorties et le solde des fonds alloués au CAE)
- le registre inventaire sur lequel est portée la liste des matériels du centre
- le registre des dons en vivres
- les comptes-rendus mensuels d'activités


Le foyer familial

Lorsque les éducateurs du centre d'accueil n'ont pas pu ramener l'enfant dans sa famille, même élargie, il devra être dirigé vers un foyer familial.

Il devra rejoindre le foyer de son plein gré. L'éducateur devra faire preuve de beaucoup de doigté pour l'aider dans cette démarche.

  • Le foyer.

Le foyer familial se compose d'un éducateur et d'une éducatrice, d'âge mûr de préférence, si possible sans enfant, et d'une ou deux aides familiales selon l'âge des enfants, et d'une quinzaine d'enfants. Les éducateurs ayant plus de deux enfants seront éliminés car ils ne pourront se consacrer à cette nouvelle famille. L'enfant devra y trouver l'ambiance familiale indispensable à son épanouissement. Il sera conduit avec beaucoup de bonté, mais fermement. Le logement sera celui d'une famille simple, si possible à proximité des écoles. L'enfant apprendra à nettoyer la maison (un tour de rôle sera établi), à laver son linge, à piler le paddy, etc.

  • L'hygiène.

La pauvreté n'exclut pas l'hygiène. L'enfant devra être propre, les habits en bon état. L'apprentissage de l'hygiène est une chose difficile pour les enfants des rues, mais il est primordial. L'éducateur et sa famille devront montrer l'exemple. On disposera la douche, ce qui n'est pas évident, tout au moins au début.

  • L'équipement.

Le foyer sera équipé des ustensiles de cuisine nécessaires, de tables avec bancs ou tabourets où l'enfant pourra manger mais aussi faire ses devoirs d'école, écrire, lire, etc., de lits superposés. Chaque enfant disposera d'un lit (ou un lit pour les petits), de couvertures, de serviettes, d'un casier ou d'un panier où il rangera ses vêtements de rechange et ses vêtements de nuit.

  • Scolarisation, apprentissage.

Le jeune enfant sera scolarisé. Toutefois, compte tenu de son retard scolaire, il sera souvent rapidement orienté vers une formation technique. Au niveau de l'association seront donnés des cours intensifs de rattrapage scolaire et des ateliers de formation seront organisés.
Lorsque l'enfant sera mis en apprentissage, les outils de base nécessaires à sa profession seront achetés par l'association et lui seront confiés. Cette formation par l'apprentissage chez son patron sera très contrôlée, les patrons ayant trop tendance à exploiter cette main d'œuvre gratuite. En fin de formation, lorsque l'enfant quittera le foyer pour la vie active, ces outils pourront lui être remis.

Lorsque les enfants atteindront l'âge de 16 à 17 ans, selon leur maturité, ils quitteront le foyer familial pour un foyer de jeunes apprentis. Ils seront rattachés à leurs foyers familiaux qu'ils pourront retrouver avec plaisir pour les fêtes, le dimanche parfois, comme de grands enfants qui retrouvent leur famille.

  • Le vestiaire.

Un vêtement acheté ayant infiniment plus de valeur qu'un vêtement donné, les vêtements ne seront jamais donnés mais achetés. Les vêtements obtenus par les dons seront répertoriés, classés et vendus à bas prix aux foyers qui disposent d'un budget "vêtement". Le produit de ces ventes permettra d'acheter en gros des vêtements courants qui seront eux aussi revendus à bas prix. C'est une fonction annexe du chef de foyer.

  • On peut trouver aussi :

Un atelier couture où une monitrice prendra en charge des grandes filles quittant leur scolarité. Lorsque ces filles seront formées, elles devront quitter le foyer avec leur machine à coudre.

Différents ateliers fonctionnant selon les mêmes conditions que l'atelier couture (broderie, peinture, soie). Ces ateliers disposent d'un budget autonome comme de véritables petites entreprises. Si certains ateliers trouvent leur autonomie, ils seront alors séparés de l'association et organisés en coopératives. On créera alors un nouvel atelier destiné à remplacer celui qui a pris son autonomie avec ceux ou celles qui le composent.

Des jardins familiaux rattachés aux foyers, qui donnent une aisance supplémentaire aux foyers et sont une excellente formation pour les enfants. La vente des produits du jardin sera une occasion de rémunérer les enfants qui ne touchent pas d'argent de poche.


Le foyer de jeunes travailleurs

L'expérience montre qu'il ne faut pas que l'enfant quitte brutalement le foyer familial pour la vie professionnelle indépendante.
Le foyer de jeunes travailleurs sert alors de transition. Ce foyer est dirigé par une "mère", mais les enfants participent financièrement et matériellement à la vie du foyer.
Les dépenses sont divisées par le nombre de participants. Lorsque l'enfant ne gagne pas assez pour couvrir les dépenses, l'association règle la différence. En outre, tous les enfants doivent bénéficier d'un peu d'argent de poche, éventuellement fourni par l'association.
Tous participent à la vie matérielle : entretien de l'immeuble et du jardin, nettoyage, cuisine, vaisselle, lavage du linge, etc.
Ils seront très fortement incités à ouvrir un compte d'épargne qui leur sera utile à leur départ du foyer.


Le centre d'aide par le travail

Des enfants à la rue, on passe inévitablement aux mères à la rue. Un Centre d'Aide par le Travail (CAT) a pour but de les former professionnellement afin qu'elles se réinsèrent le plus tôt possible dans la vie de la société. À leur arrivée, elles seront prises en charge totalement : vêtements, nourriture et hébergement. Mais elles ne seront recueillies que si elles acceptent de suivre une formation professionnelle. (...)

Créée le 5 mars 2005 - Mise à jour le 29 avril 2006